Habeas Habeas

Le blog de Thibaut Thomas, planneur digital, consultant Social Media et étudiant chercheur en Sciences de l'Information et de la Communication.

jeudi, juin 25, 2009

Joies de la consommation conscientisée de signes à l'époque des soldes.

Un petit billet d'humeur, à prendre comme tel.



Takashi Murakami, The World of Sphere, 2003, 
Acrylic on canvas. 137-13/16 x 137-13/16", Private collection, New York,
via http://arttattler.com/spainbilbao.html

A chaque fois que je fais les soldes, je me félicite de m'insérer pleinement dans la société de consommation, de profiter de l'un des plus grands plaisirs qu'elle peut procurer. Il s'agit moins d'obéir à un ordre consumériste, que de rechercher une certaine forme de plaisir dans la manipulation de signes, à travers l'achat d'objets, porteurs de signes par excellence. (voir note 1 en bas de page)


Répertorier, classer, ordonner, choisir, acheter, exposer, conserver sont tout autant d'opérations liturgiques (allez) au service d'un signe le plus visible possible. Ce qui ne veux pas pour autant dire -en caricaturant- que j'achète de gros logos : au contraire, l'absence de logo, ou le logo minimal, la référence la plus obscure, est l'un des signes les plus ostentatoire dans l'ordre bourgeois dont je suis issu. (voir note 2 en bas de page)
Quel jeu ! Quelle complexité ! Quel plaisir d'essayer de maîtriser la mise en exposition de mon corpus de signes !

Vidéo: Superflat First Love, Takashi Murakami pour Louis Vuitton, 2009



Je pense ainsi chaque fois à ce passage superbe de "1984": soyons béats, rendons grâce aux plaisirs de la société de consommation. Consciemment. Il suffit de remplacer "Big Brother" par Monsieur Propre, Nicole Kidman, ou Tod's.



"Il regarda l’énorme face. Il lui avait fallu quarante ans pour
savoir quelle sorte de sourire se cachait sous la moustache
noire. Ô cruelle, inutile incompréhension ! Obstiné ! volontai-
rement exilé de la poitrine aimante ! Deux larmes empestées de
gin lui coulèrent de chaque côté du nez. Mais il allait bien, tout
allait bien.

LA LUTTE ÉTAIT TERMINÉE.

IL AVAIT REMPORTÉ LA VICTOIRE SUR LUI-MÊME.

IL AIMAIT BIG BROTHER. "



NOTE 1: Bien entendu, il faut comprendre ici le terme "société de consommation" comme diminutif de "société de consommation de signes" plutôt que "société de consommation de biens", n'en déplaise aux marxistes orthodoxes qui me lisent.

NOTE 2: ne nous cachons pas, le terme bourgeois est ici utilisé comme "culture dominante en état de se maintenir au pouvoir par la force", comme auraient pu le dire Julien Coupat et ses potes.

mercredi, février 04, 2009

Le nombre de Dunbar, le marketing, et les martingales du web

Une note qui se voulait rapide, mais qui s'est allongé ependant une partie de la nuit.

C'est long, mais il y a des conclusions marketing à la fin, pour ceux qui aiment !


On me demandait sur Twitter pourquoi j'ai avoué être déçu par ce post de Vanksen Culture Buzz, qui entendait traiter la question du nombre de Dunbar. J'aurais mieux fait de me taire, je suis bon pour une note, et surtout pour mettre en ordre logique ma mauvaise impression.

Outre une citation erronée de Wikipedia dès la première ligne, et une conclusion tellement illogique qu'on soupçonne deux paragraphes d'avoir disparus, le fond de la note me paraît discutable, en tout cas me paraît mériter une remise en contexte.


Voici quelque éléments de réponse, qui se résument pour l'essentiel à ceci : quand on utilise une martingale du web, il vaut mieux essayer de prendre un peu de recul. 

Je vais recourrir à des études très largement disponibles, en me concentrant principalement sur les résumés, c'est à dire à des textes facilement apréhendables par le marketeur en quête de caution scientifique.


Il faudrait commencer par aller un peu plus loin que l'article que wikipedia consacre à cette théorie.

De manière plus qu'abusive, on résume son argument à (citons Vanksen qui cite Wikipedia) "le nombre d’amis avec lesquels une personne peut entretenir une relation stable à un moment donné de sa vie."

Prenons donc l'article l'original, qui relève de l'anthropologie : 


R.I.M. Dunbar, Neocortex Size as a Constraint on Group Size in Primates, 22 J HUM. EVOL 469–493 (1992). 


Citons une partie de son abstract :

 It is suggested that (1) the evolution of large groups in the human lineage depended on the development of a more efficient method for time-sharing the processes of social bonding and that (2) language uniquely fulfills this requirement.
 Dunbar déduit donc de son observation des tailles du neocortex des primates comparée à la taille de leurs groupes sociaux que c'est le langage (une technologie intellectuelle dirait-on en Science de l'Information et de la Communication), qui permet l'émergence d'Etat-Nations qui atteignent les centaines de millions d'individus.

Si je le lis correctement, Dunbar ne dresse pas une limite au groupe social, il dresse une limite au nombre de relations interpersonnelles basées sur l'épouillage collectif.


Pour dépasser cette théorie, faisons appel à une seconde martingale, aussi connue sous le nom de la théorie dont je voudrais recevoir 1€ à chaque fois qu'elle est citée, j'ai nommé, 


The Strength of Weak Ties, 

de Mark S. Granovetter paru dans The American Journal of Sociology, Vol. 78, No. 6, (May, 1973), pp. 1360-1380 Published by: The University of Chicago Press 

http://www.jstor.org/stable/2776392 


Encore une fois, citons l'abstract :

It is argued that the degree of overlap of two individuals' friendship networks varies directly with the strength of their tie to one another. The impact of this principle on diffusion of influence and information, mobility opportunity, and community organization is explored. Stress is laid on the cohesive power of weak ties. Most network models deal, implicitly, with strong ties, thus confining their applicability to small, well-defined groups.


Granovetter, sociologue de son état, explique que les liens faibles, c'est à dire, si je reprend des termes plus actuels, les liens avec des personnes qu'on ne considérerait pas comme ses amis, sont une grande source d'utilité sociale (dans l'étude de Granovetter, trouver un emploi grâce à des personnes qu'on ne voit que de temps en temps).

Granovetter nous montre que la mise en relation avec un nombre élevé de personnes est un avantage social, sur le plan qualitatif.

Il nous montre donc qu'un groupe social élargi au-delà des simples relations interpersonnelles fortes, est bénéfique.


Au vu de ses dernières études, je vois mal la logique de déclarer ainsi comme le fait le blog de Vanksen : "

Premièrement, oui, il est possible d’augmenter le nombre de Dunbar grâce aux outils sociaux. Mais cette augmentation a un prix : plus le nombre d’amis est élévé, moins ces relations ont de valeur pour nous."


Sans doute est-ce une interprétation de l'étude à propos de Twitter : 


Social networks that matter: Twitter under the microscope

by Bernardo A. Huberman, Daniel M. Romero, and Fang Wu

First Monday, Volume 14, Number 1 - 5 January 2009

http://firstmonday.org/htbin/cgiwrap/bin/ojs/index.php/fm/article/viewArticle/2317/2063 , 


Voici les conclusions de cette étude, et je vais ensuite la commenter d'un point de vue du marketing communautaire. Je vous invite à bien lire la manière dont ils définissent le terme de friend : 


In conclusion, even when using a very weak definition of “friend” (i.e., anyone who a user has directed a post to at least twice) we find that Twitter users have a very small number of friends compared to the number of followers and followees they declare. This implies the existence of two different networks: a very dense one made up of followers and followees, and a sparser and simpler network of actual friends. The latter proves to be a more influential network in driving Twitter usage since users with many actual friends tend to post more updates than users with few actual friends. On the other hand, users with many followers or followees post updates more infrequently than those with few followers or followees.


Tout ce que l'étude montre c'est que : 

1- on peut suivre certains comptent sans interagir avec eux.

2- le nombre de personnes avec qui on interagit de facto sur Twitter est inférieur au nombre de personnes que l'on suit.

3- plus on interagit avec un nombre de personnes élevées, plus on poste (merci la tautologie !)


Cette étude est mathématique, quantitative, et pas qualitative.

Par conséquent, il ne s'agit pas de la valeur de l'amitié, du lien,  dont on parle ici !

Il s'en suit que l'étude n'aborde pas les points problématiques suivants : 

A-Suivre quelqu'un sans interagir avec lui peut procurer une utilité sociale à certains utilisateurs

B-Toute la question est de savoir quel estime, quel crédit un utilisateur attribue au compte qu'il suit, que celui-ci soit un "ami" ou pas.


Allez, 3° martingale de la soirée, tout est une question d'influence :)


D'un point de vue marketing, (en sortant de la sphère scientifique stricto sensu), on aura donc tout intérêt à étudier : 

1-la manière de profiter du levier des grands comptes auxquels beaucoup de followers accordent beaucoup de crédit.

2-la manière de pénêtrer dans le réseau d'interagissants mis en valeur par Huberman & co.



Je sais que l'ami Palpitt rongeait son frein de commenter l'étude sur twitter, j'espère l'y avoir incité. Si vous avez des commentaires, je vous en prie n'hésitez pas : mon raisonnement est tout à fait contestable, sur bien des points.


Le but de cette note était plutôt d'inciter à ne pas enfiler des perles aveuglément : soyons myopes ! :D

mardi, janvier 20, 2009

CNN+Facebook+Obama= microblogging bursts to mainstream


Today, millions of people around the world have been using the facebook integration tool to comment the presidential ceremony, with their facebook status, while watching it livestream.

A few comments about the ceremony.

-Microblogging is mainstream. It works, even for people who do not know what microblogging is but still used the tool. And people get that it is a global backchannel.
-TV, as a broadcasting tool, is dead.
-Live events are social events you want to share with your social network, so there are  already enough buzzwords in my sentence to say that social media can be at the core center of these events.

Next Steps ? 
On Thursday, during the XGames Skiing Superpipe event, french community website Skipass.com should host the backchannel. It will be more impressive to watch Simon Dumont throwing 1080's 8 meters off the pipe than Yoyo Ma playing the cello ;-)

mercredi, janvier 14, 2009

L'Histoire d'Internet, vraiment ?


History of the Internet from PICOL on Vimeo.

Cette jolie petite vidéo qui a déjà fait son chemin sur twitter ces jours derniers, a été postée par ReadWriteWeb France, et m'a inspiré un commentaire, d'abord chez eux, que je développe un peu ici chez moi, en remplaçant le terme techno-centriste par techniciste dans la première partie (on ne devrait jamais poster un commentaire sans le relire...).

“Histoire d’Internet” est un titre (une prétention ? ) qui me paraît un peu excessif : malgré son graphisme soigné, le propos est tout à fait techniciste. On s’attarde sur les technologies, comme les différents précurseurs du TCP-IP, mais on fait abstraction des usages, que ce soient les forums, les mailings lists, les MUD (tiens, qui a cet ouvrage à me prêter ?), ou même le World Wide Web.

C’est bien normal, me direz-vous : le biais originel est de vouloir “représenter” l’Histoire d’Internet sous forme de pictogrammes reliés entre eux par des trait, figurant une conception technique du réseau d’ordinateur à ordinateur, ce qui occulte les multiples stratégies d’utilisation développées par les différents acteurs qui utilisent les ordinateurs.

Globalement, ce film propose donc une vision de l’Histoire d’Internet uniquement basée sur l’infrastructure. Rien sur les usages nés autour du dispositif technique, finalement rien sur la … culture ?

Bon c’est joli sinon, et ça rejoint les plus excitantes oeuvres de dataporn.

jeudi, janvier 08, 2009

My roadmap for the next 6 month

I haven't been blogging for a while now, partially because my life is filling up quickly. Well, I have been micro-blogging more effectively, I just reached 1000 tweets and my mini blog I should write a blog post about that has proven to be an enjoyable experience, in addition to my more utilitarian delicious account.

First, I'm attending a research degree in information and communication science (SIC in french) at the grad school CELSA-Sorbonne in Paris.
So until June, a large amount of my time will be dedicated to study and research.
My dissertation is due at the beginning of the summer, and it should be close to 100 pages.

My academic research field is identity re-production of oneself on social network sites profiles.
I study how people write themselves into beings online through the interface of such networks.
I'm using a semiotic cross-analysis profile elements, mainly profile pictures, and rigid form-like profile description fields. I'm trying to understand using semiotics how people display an identity on social networks, and how this identity is co-produced by the audience.
Hopefully, I should deal with networked publics, extimate (extime as opposed to intime in french), and technology appropriation by the users.
So far, I'm still losing myself in my litterary review, but it is getting closer. I will try to blog about the research, but I may not be as funny as PHD comics !

This research degree is helping me become a better digital strategic planner; in case I come back to invent that job, that is.

Second, I'm filling up the forms to use the legal billing system of the auto-entrepreneurship that has recently been opened in France, so I'm trying to maintain a professionnal activity of social media consultant, in fields of conversationnal marketing, viral content, community marketing, social network services, corporate blogging, experience design...

Third, and on a funnier note, I will be trying to ski as much as possible given my agenda, my new Armada JJ's are actually trying to get me into trouble. They are "double reverse camber twintip freestyle backcountry fat skis", and they rock.

Okay, so far so good, lots of good things to come in the next few months, it is going to be quite interesting, and I hope you readers/folllowers/friends will continue to follow me.

I'm leaving you with my interview shot by Charbax, with my friend Laurent François, at the leWeb08. We say a lot of silly things with words thrown in it like "digital" ,"global", "conversation", but hell, we actually mean it I guess. And I'm the one with glasses for sure, if anyone didn't know how I look ;-) (mmm, delights of personal branding)





mardi, décembre 09, 2008

Welcome people from leWeb08 !

Hi, chances are that if you visit me today, it's because we met at leWeb08, offline on twitter, or in person.
I just wanted to welcome you on my online body (this blog), and tell you to check out all the links on the right side to get to know better what I do and how we can continue talking together online.
Sorry for the horrible layout, work is not in progress, it is in beta, it's different ;-)
I apologize for the lack of updates on this blog, but being a social media consultant/student/researcher is a little time-consuming right now, so please subscribe to my feeds to keep updated about my research and my practice.
I should check you out online too in the next few days, so let's keep in touch !

And let's see each other again tomorrow for leWeb08 day 2 (if we don't die freezing in the hall).

Thibaut

lundi, octobre 06, 2008

Interviewed on japanese TV NHK about Digital Natives



Tonight I had the pleasure to speak with Ms Tomoe HAYASHI from the NHK Japan Broadcasting Corporation, for their upcoming documentary about Digital Natives. We did the interview with Skype, and it was very fun : talking with a japanese reporter in video conference from my home sounds definitely like the future as it was seen 20 years ago, happening right now.
We talked about trust in strangers on the net, looking for informations, my favorite objects (hint: my Macbook Pro as a digital media center and my iPhone), and the difference between my virtual self and my real self, which, but you know it, I don't believe in. I believe in an offline/online dichotomy, not virtual/real.