mardi, juin 21, 2005

Analyse : la blogosphère, menace pour les medias traditionnels ?

Où l'on analyse le phénomène des blogs.

Depuis quelque temps les blogs semblent envahir le web. Depuis les blogs de type "journal intime" aux blogs d'Entreprise, les sur-estimés podcasts en passant par les blogs publicitaires, la surenchère ne semble pas prête de trouver un terme. Au-delà de l'effet de mode, il semblerait que les blogs puissent selon leur forme se mettre en concurrence des médias traditionnels en permettant à tout un chacun de créer son propre media.
En effet, par ses caractéristiques, la blogosphère présente une menace pour la presse traditionnelle, et plus largement pour les médias contemporains. Elle pourrait concurrencer durablement ces defenders si elle parvient à trouver un équilibre dans son métabolisme et pallier à ses faiblesse endogènes.




Weblog, sexblog, podcast, la forme des blogs est très variée. La variété des sujets abordés est encore plus impressionnante, et témoigne de la vitalité de la civilisation en ce XXI° siècle naissant. Politiquement, l'effet "blog" (mais c'est vrai plus généralement pour le web) est à double tranchant. D'une part les blogs encouragent indéniablement un débat démocratique mais d'autre part cette profusion d'information non hiérarchisée quand à sa qualité est un lourd handicap : le blog nazi dispose a priori du même pouvoir d'injonction car quiconque désormais peut se fabriquer son média sans connaissances techniques particulières, ni pouvoir financier.


En réalité, la blogosphère est plus complexe : sa stucture est bien plus performante que celle des médias traditionnels comme la presse, la radio dans une certaine mesure, bien que la télévision qui jouit d'un pouvoir de convocation des spectateurs inégalé soit pour encore quelque temps hors d'atteinte du fait des contraintes techniques qui pèsent sur la diffusion de vidéo (bien que certaines initiatives tendent déjà à la concurrencer par la un réseau de production participatif). Cependant, cette même structure montre des faiblesses que la presse traditionnelle doit exploiter si elle veut survivre.
La blogosphère est ultra-réactive, universelle, et auto-régulée.

La réactivité des blogs n'est plus à démontrer. Depuis le tsunami en Asie du Sud-est jusqu'au piratage du portable de Paris Hilton, nombreux en sont les exemples. Moins de quelques minutes après un événement, le contenu peut être en ligne. Il ne faut pas plus d'une demi-journée pour que toute la blogosphère en bruisse. Dans l'exemple de Paris Hilton, le piratage a été effectué dans l'après midi du samedi. Le contenu piraté était publié sur un forum dans la nuit. Le lendemain matin à midi des centaines de blogs se faisaient l'écho de l'affaire, reproduisant pour certains le contenu volé. Les images du Tsunami étaient mises en ligne par les survivants en moins de 24h.

La seconde caractéristique de la blogosphère est son universalité. Les magazines spécialisés pourraient-ils êtres remplacés par des blogs ? C'est déjà le cas avec des sites internets "classiques" dans le monde Mac : les magazines traitant de l'actualité du Macintosh peinent à suivre la réactivité immédiate du web. Mais c'est le cas aussi dans des domaines aussi variés que le tunning auto, la pornographie, les sacs à mains ou l'agriculture. S'il existe au moins deux sources d'information sur un même sujet, alors ce sujet peut faire l'objet d'un blog. Les sources peuvent être off-line (témoignages, livres, autres medias...) ou on-line (autres blogs, sites...) voire combiner les deux origines.

La blogosphère est auto-régulée. A ce niveau, on peut souligner une certaine analogie avec le fonctionnement du marché auto-régulateur. Contrairement à la presse où les coûts de mise en vente sont prohibitifs pour tout médias, mais où cette même dimension économique fait que n'importe quel organe de presse, s'il est soutenu par des financiers, peut exister quelle que soit la qualité de son contenu, la blogoshpère s'auto-hiérarchise. Les liens entre blogs forment une structure qui permet de déterminer quels blogs sont les plus lus et commentés par les autres bloggeurs (un exemple d'outil expérimental est Technorati). Plus le blog est lu, plus il est commenté, plus sa côte augmente. Les autres bloggeurs estiment en le commentant que ses informations/réflexions (nous reviendrons sur cette dualité) sont fiables et qu'il est digne d'intérêt. L'auto-hiérachisation permet de proposer aux lecteurs les informations considérées comme les plus fiables. Il n'y a pas de ponte qui détiendrait le monopole de la violence légitime dans la blogosphère irrémédiablement : si celui-ci se trompe, il sera écrasé par le système qui ne lui accordera plus sa confiance. Une autre analogie pourrait être celle d'un ecosystème auto-régulé tel qu'on peut le percevoir dans des mares par exemple.
L'auto-régulation est un outil très puissant, et les qualités d'universalité et d'ultra-réactivité de la blogosphère participent bien entendu à ce processus constant.



Cette merveilleuse structure, développée sur près de 15 millions de blogs dans le monde à ce jour présente des faiblesses que les médias traditionnels peuvent exploiter.
La principale faiblesse du système est la caution apportée par le métier de journaliste : les bloggeurs se revendiquent le plus souvent comme exerçant une activité différente des journalistes. Ils mélangent le plus souvent information et commentaires, dans un style sexy pour le lecteur certes, mais qui pose de vrais problèmes d'éthique. Ce point est particulièrement visible dans les blogs américains lorsqu'on les compare aux journaux de la même nationalité, moins lorsque l'on étudie le versant français, car la presse française quoiqu'elle s'en défende, adopte un style mélant information et commentaires de manière inconsciente.
Il est intéressant de remarquer que si les bloggeurs veulent se distinguer des journalistes, ils recherchent en même temps leurs attributs. Au-delà d'une simple carte de presse, le summum actuel en la matière est l'accréditation aux conférences de presse de la Maison Blanche qu'un jeune bloggeur américain a récemment obtenue.
L'éthique est le second point litigieux : les bloggeurs ont une éthique différente des journalistes. On a vu lors des élections présidentielles américaines des bloggeurs profiter du décalage horaire entre la côte Ouest et la côte Est pour fournir des estimations du résultat avant que tous les bureaux de vote de l'Union n'aient fermé. Où est l'éthique ? Où est la régulation légale nécéssaire, même aux démocraties ?

La blogosphère est très puissante. Au-delà de l'engouement actuel, les trois caractéristiques de sa structure permettent de donner un aperçu des medias du XXI° siècle. Quand aux medias traditionnels, ils ont désormais un concurrent pour les pousser à innover et à se remettre en question et plus que jamais, rester dynamiques face au monde.

1 commentaire:

Cécile a dit…

Un système auto régulé comme une mare? Tu t'enfonces dans des marécages inconnus et insondables!