mercredi, janvier 18, 2006

Critique Ciné : "Dogville" , snobisme des faux intellos

"Dogville" de Lars Von Trier

Ami cinéphile, si ton désir snob d'exaustivité te pousse à te taper 3h de film, Dogville te semblera certainement une bonne idée : un postulat de mise en scène jusqu'au boutiste (plateau dénudé, décors dessinés au sol à la craie), une actrice principale qu'on dit transcendée (Nicole Kidman dans son dernier rôle avec un visage humain, depuis elle s'est noyée dans un pot de botox), et bien entendu un réalisateur connu pour son attitude arrogante de redéfinition du cinéma à chaque film.
Bref mes amis, cela commençait fort bien ! On m'annonçait une merveilleuse critique de la société américaine, je me réjouissais déjà à l'idée de tancer les incultes en leur lançant en travers la figure que s'ils n'avaient pas vu "Dogville" ils ne devraient pas avoir le droit de vote.

Trois heures plus tard qu'en reste t'il ?

Il reste tout d'abord la mise en scène, qui surprend non pas par son originalité mais au contraire par son classicisme : filmer du théâtre n'est pas nouveau. En voulant épurer son film, Lars Von Trier a tout simplement retrouvé le théâtre. Certes la photo est magnifique, les plans soignés et la composition admirable est au service du scénario, mais c'est encore et toujours de théâtre dont il s'agit. L'embarras du spectateur devant ce dispositif qui seul sauve de l'oubli le film n'est que celui que tout spectateur éprouve lors de l'entrée en scène des comédiens de théâtre, trouble dissipé après quelques minutes. L'étirer sur trois heures est un pari risqué qui heureusement pour les pauvres spectateurs que nous sommes s'avère gagné : on a pas l'impression de se faire prendre pour un con. C'est déjà ça.

L'autre point relativement positif du film c'est la performance d'actrice de Nicole Kidman enchassée comme dans un écrin luxueux par la caméra de Lars Von Trier et la lumière admirablement maîtrisée qui baigne le film. Elle est belle. Elle est désirable. Elle est belle surtout quand même. Pendant 1h30 on y croit encore, on se dit qu'elle a ici le rôle de sa vie, et pendant l'heure et demie suivante on voit exactement le même numéro, et on comprend que si Kubrick l'a choisie pour incarner une femme froide dans "Les yeux grands fermés" (Eye Wide Shut), c'est qu'il avait bien compris qu'elle n'était bonne qu'à ça !
Au moins à l'époque de Dogville elle était encore vivante et avait la possibilité de bouger son visage, depuis elle a acquis l'immortalité de l'icône mondiale, en témoigne la campagne Chanel N°5 de Barz Lhurmann dans laquelle elle n'est plus humaine. Warhol reviens, on a trouvé un sujet pour un portrait !

Et sur le fond, Dogville a t'il quelque chose à faire valoir ? "Une critique sans concessions de la société américaine" me glisse t'on. Je ne le pense pas. L'exercice est vain. Je ne vois pas grand chose à ajouter à une intrigue qu'on soupçonne de toute façon depuis le début. La psychologie y est sommaire, voir notamment les passages où Kidman analyse en 20 secondes chacun certains habitants de Dogville. Le sexe est un moteur dont sont dépourvues les femmes puisqu'elles ne font que subir les pulsions sexuelles des hommes et n'ont aucun désir propre. Le seul élément interessant du point de vue sexuel est le personnage du petit garçon qui fait du chantage à Kidman et demande à recevoir une fessée et se faire punir par elle. Deux minutes où on se prend à espérer un décollage du film mais qui retombent trop vite.
Pas de psychologie donc, utilisation du sexe comme pour défendre une thèse anti-féministe et simplificatrice, qu'y a t'il d'autres à ajouter ? Passons tout de suite à la dernière scène, qui reprend la trame progressive de Kill Bill Vol 2 sans en égaler le succès, et pourtant Dieu sait que Kill Bill 2 ne m'a que peu emballé. Un entretient comme point culminant du film donc, entre Kidman et un personnage que nous ne nommerons pas si nos lecteurs ont encore envie de se farcir 2h50 de film pour en arriver là. Mais Lars Von Trier perd soudain tout talent dans la mise en scène, les acteurs peinent à suivre les dialogues convenus, le dénouement est un soulagement pour le spectateur qui va enfin pouvoir aller pioncer sans qu'il ne le pousse à réfléchir sur la signification de sa propre cruauté.

"Dogville" c'est du flan. Par snobisme allez y, par aquis de conscience voyez en un bout, mais préférez "Dancer in the Dark" qui est bien mieux car si Bjork est moins mignonne que Kidman, elle y chante bien et on passe un vrai moment de cinéma, un moment de magie.

samedi, janvier 14, 2006

Pourquoi je ne lirai plus "le Monde".

Ami lecteur, j'étais abonné au Monde depuis 4 ans. Dès l'année de ma terminale si je me souviens bien, je dévorais ses colonnes dans l'espoir d'accrocher quelque information déterminante qui me permettrait de réussir le concours des Instituts d'Etudes Politiques. Le Monde devint donc mon professeur d'actualité, puis le concours réussi, mon fidèle compagnon de tous les jours qui arrivait vers 11h du matin, délice donc de rentrer lire Le Monde. Mon Monde.

La une, frappante d'austérité et d'abondance à la fois, pareille à un temple grec avec ses multiples colonnes comme autant piliers encadrant le dessin de Plantu pour l'éternité dans mon coeur comme celui qui était drôle par rapport à Faizan dans les journaux de grandes personnes. La une se suffisait d'ailleurs quelque fois à elle même, par sa clarté et sa volonté d'exhaustivité.

A chaque lecteur sa manière de lire Le Monde. Mon Grand-Père, grave et appliqué même en lisant son Canard Enchaîné du mercredi, prend son temps en homme sûr de sa détermination à le lire jusqu'au bout. Pour ma part, lire le Monde demandait un savant dosage entre survolage et lecture compléte.
Je le lisais en entier, mais en diagonale. Titres, sous-titres, inter-titres, résumés, le haut de chaque article était une mine d'information facilement accessible et qui permettait la compréhension immédiate du fait saillant de l'actualité, indiquant même les principales nuances à prendre en compte dans sa comprehension. Il ne me manquait plus si, point encore rassasié par la surabondance d'informations critiques je me lançais dans la lecture du corps de l'article, qu'à lire le premier paragraphe, car les journalistes conscencieux que j'imaginais au sein d'une veille mais respectueuse maison gardienne de la qualité de la presse, donnaient les dévellopements les plus important en tête d'article, reléguant les détails anecdotiques en toute fin, là bas en bas à droite...


Rénovation, trahison...
Depuis la nouvelle formule, ce festin de la connaissance qui m'était offert chaque jour est devenu un yaourt allégé.
Finie l'abondance joyeuse de détails, finies les pages austères croulant sous les colonnes chargées comme des vignes d'informations. Désormais, avec la rigeur du diététicien, le rationnement est organisé. Sous couvert de clarté et précision, on a élagué le pommier. Et comme Tantale, j'ai faim !
"Je ne ressent plus cette fierté d'être un lecteur"

Même le directeur le précise dans sa lettre de présentation : le Monde était trop épais, il fallait l'alléger nous écrit t'il, il faut se mettre à la page, c'est l'évolution de la presse... de toute façon, on l'a bien compris, c'est la faute d'internet tout ça.
Désormais je suis obligé de lire les articles en entier pour tenter de me repérer dans la brume des temps modernes. Je dois donc passer plus de temps sur mon Monde qu'auparavant, car l'information y est moins dense. Logique.
Sur un plan purement esthétique on se croirait dans le Figaro, ce qui est plutôt désagréable.

Le ton m'a semble t'il changé aussi. Sans doute pas aussi brusquement que la maquette, mais suffisamment pour que je ne ressente plus cette fierté d'être un lecteur du Monde, d'être un homme plus informé que les autres dans la Cité. Désormais le Monde ne fait plus rêver, sa précision légendaire et son sens de la remise en perspective des évênement a cédé place à un ton mollason de professeur endormi qui ferai classe à des intellects plats. On est passé de la vigeur encyclopédique de l'intellectuel à la docte application du bourgeois aux idées courtes, dont la seule fenêtre qu'est son journal n'est en fait qu'un carreau noirci de soupirail.

"La docte application du bourgeois aux idées courtes"

Je me tourne donc à présent vers Libération, lecture habituelle de mes vacances, journal qui me redonne cette fierté que je croyais perdue d'être son lecteur. Il me flatte, me pousse en avant, m'interpelle, me fait rire, m'informe extrêmement clairement. Organisation de la maquette sans faille, ton dépoussiéré, utilisation de la photo maîtrisée et non pas comme une enluminure, c'est un journal moderne, plus de 40 ans après sa re-création. Il prend parti et analyse finement, sans tomber dans les pièges des éditoriaux bâclés et réthoriques griffonés dans Le Monde. Il me propulse dans le futur.

Le Monde est mort, vive Libération. Il restera vivant dans mon coeur, monument baroque par son austérité et son ornementation pointilleuse, à jamais majestueux du haut des ses colonnes joufflues, comme la statue du commandeur jugeant juste et sévère les quotidiens devant l'éternité. Ou devant leur lectorat.