Nous parlons donc ici d'un premier film qui tient aux tripes et dont la violence psychologique est presque insoutenable ? Oui mais ce n'est pas Reservoir Dogs, mais de Hard Candy, premier film important de David Slade qui a de l'avenir devant lui.
Le thème de cette petite perle est tout à fait actuel : un photographe et une gamine de 14 ans se rencontrent après 3 semaine de discussions sur internet. La première scène nous donne d'ailleurs un aperçu de ce flirt virtuel plutôt chaud entre l'adolescente à peine réglée et celui qui n'est déjà plus un jeune homme.
Jeff invite Hailie chez lui pour une séance photo. Elle accepte.
Jusque là me direz vous on dirait un classique cauchemar des parents américains qui se rendent compte des dangers de myspace.com en découvrant sur Fox TV que leur progéniture est la cible de prédateurs sexuels.
Mais Hailie, la petite innoncente, cette petite dont toute la salle est déjà tombée amoureuse au bout de 3 minutes, si elle a une belle gueule de chaperon rouge, se découvre au bout de 15 minutes de film avoir pris des cours accélérés chez O'Brien, le tortionnaire politique de Georges Orwel dans 1984.
A partir de là, David Slade nous prend aux tripes pour 100 minutes qui s'égrènent tout en douleur. La même douleur physique que dans Reservoir Dogs, celle des grands films qui nous tourmentent encore longtemps après que la salle se soit rallumée.
Vous vous souvenez de la scène de l'oreille coupée devenue culte dans le film de Tarantino ? Hard Candy nous propulse au premier plan de bien pire, sans aucun effet gore, tout en suggestion, avec en filigramme le sourire alarmant d'Haily, somptueusement interprétée par une toute jeune actrice dans son premier grand rôle.
Sans vouloir donner trop de détails, disons simplement que le spectateur ne sait plus à quel saint se vouer, tant il est balancé entre cruauté et justice, entre doutes et certitudes par le scénario particulièrement tordu.
Les plans sont serrés au possible sur les visages qui remplissent tout l'écran, les grands aplats de couleur maintiennent une chatoyance bienvenue pour tempérer le côté clinique. Le montage se fait ultra-rapide pour porter à l'ellipse ou au contraire ralenti dans de vrais-faux plans-séquences à la tournoyante prise de vue. Le style du film participe encore un peu plus au malaise général du spectateur partagé entre les deux personnages au fil des rebondissements. Exactement ce qui manquait à Reservoir Dogs en somme, dans lequel Tarantino n'osait pas encore se lâcher stylistiquement.
Thématiquement, le film évite d'enfoncer quelques portes en attaquant la pédophilie assez finement puisqu'on y étudie quelque peu le profil du prédateur, il joue aussi sur les enjeux du pouvoir sur autrui, sur la culpabilité, sur la folie consciente enfin. Hard Candy brouille les cartes et propose des pistes, on ne s'y abandonne pas sans combattre.
Stylistiquement très réussi, servi par des acteurs talentueux, perversement malsain, ce film est un chef d'oeuvre. Courez le voir, mais sachez que j'ai failli sortir de la salle à certains moments, sans qu'il m'ai été donné à voir la moindre goutte de sang.
Hard Candy, est dur à croquer, mais il colle aux dents encore longtemps après.
jeudi, avril 27, 2006
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